Exposition « Foucarmont bombardée » : un travail de mémoire unanimement salué.

Retour sur un mois d’exposition : l’inauguration

Christian Roussel, Dominique Vallée, Monique Pinoli et, en arrière plan, Roger Bourgeois témoin et invité d’honneur. @Le Réveil de Neufchâtel

C’était le dimanche 13 février dernier qu’avait lieu l’inauguration de l’exposition « Foucarmont bombardée » en la salle Lucien Boudin, en présence de M. Le président de la Communauté de Communes Aumale-Blangy, Christian Roussel, de M. le Maire de Foucarmont, Dominique Vallée, accompagné de ses Adjoints Stéphane Poteaux, Ariane Léger et Francis Vassard et de Conseillers Municipaux, Madame la Maire Honoraire de Foucarmont, Monique Pinoli, « enfant du pays », qui a connu le premier bombardement du 6 Juin 1940 et vécu l’exode ainsi que le bombardement du 13 février 1944 qui détruisit le centre bourg, de nombreux Maires de communes de la Communauté de Communes, des Présidents et représentants d’associations d’Anciens combattants, de représentants des associations associées au projet communautaire « V1 Patrimoine et Histoire », de témoins locaux de cet épisode douloureux de la deuxième guerre mondiale sur notre territoire et de nombreuses personnes, contributrices par l’apport de photos, cartes postales et autres documents ou témoignages.

Ce 13 février, en avant-première, l’assistance a pu découvrir l’exposition @foucarmont.com

Après les remerciements exprimés par M. le Président de la Communauté de Communes, M. le Maire de Foucarmont prit à son tour la parole pour retracer les événements, chronologiquement, et en faisant état, au passage, du vécu familial qui y furent liés. Monique Pinoli interviendra d’ailleurs durant ce moment chargé d’émotions, afin de relater ce qu’enfant, elle avait alors vécu.

Monique Pinoli, Maire Honoraire de Foucarmont, en compagnie de Christian Roussel, Président de la CCIABB @foucarmont.com

Nous vous livrons ici l’essentiel de l’intervention de Dominique Vallée :

« 13 février 1944 : un dimanche d’hiver comme les autres pour tous les foucarmontais. Dans la plupart des foyers, on s’affaire à préparer le repas dominical. Repas qui va probablement s’éterniser comme c’est souvent le cas en cette saison ; on jouera ensuite aux cartes ou aux dominos. On écoutera aussi peut-être la radio. D’autres, suivant leurs habitudes, iront faire une petite promenade et sortiront de la commune : promenade salutaire pour certains d’entre eux.

Mais qui aurait pu penser que vers la fin de l’après-midi un drame allait se nouer ?

Un peu après 16h00, une escadrille de 17 bombardiers B 17 américains, après avoir fait un premier passage au-dessus du bourg, se dirigeant vers l’Est, fit demi-tour pour repasser au-dessus de la commune en lâchant une salve de plus d’une centaine de bombes soufflantes sur le centre bourg. Celui-ci est sévèrement touché. Plus d’église, de mairie, de salle des fêtes, un nombre de commerces, d’hôtels littéralement soufflés, les entrepôts Desjonquères en grande partie démolis.

Il ne reste que ruines desquelles on extraira de nombreux blessés et 21 victimes civiles.

La défense passive s’affairera rapidement à les dégager. La Croix-Rouge de Blangy viendra renforcer les secours. Les officiers et soldats allemands présents ont également apporté leur aide. Le Docteur Stain, médecin de la commune, était absent, car fait prisonnier, étant de confession juive.

Ce que beaucoup de foucarmontais craignaient venait d’arriver. Certains avaient pourtant creusé un abri dans leur jardin, la municipalité avait ordonné le creusement d’un souterrain au hameau du Fromentel afin de protéger la population. C’était sans compter sur la soudaineté, la brièveté d’un tel événement.

En effet des bombardements répétés des chantiers de mise en place des bases de v1 à proximité de Preuseville, à St Léger aux Bois étaient l’objet d’attaques régulières de la part de l’aviation française et alliée. C’était le cas en ce dimanche après-midi sur le secteur de Preuseville. De plus, le bombardement du 6 juin 1940 était resté dans les mémoires. Face à la poussée de l’armée allemande, les réfugiés et l’armée française fuient, descendent vers le sud en empruntant la route de nationale 28. C’était l’exode. La Luftwaffe avait décidé de mitrailler et de bombarder cette route : c’est ainsi qu’Abbeville, Blangy, Foucarmont, Londinières et Neufchâtel en Bray furent sévèrement touchés lors d’attaques répétées.

Il est certain que, même si l’on sait aujourd’hui que les militaires à l’origine de ce désastre en aient eu une parfaite conscience, il est difficile d’en connaître l’intention réelle.

Quelques jours après ce terrible drame, une cérémonie fut organisée au cimetière de la paroisse en présence des autorités administratives et ecclésiastiques. Vous découvrirez les photos en parcourant l’exposition. En juin 1948, la commune fut reconnue comme une commune martyre et, à ce titre, fut citée par le Secrétaire d’Etat aux Forces Armées, Max Lejeune et reçut la croix de guerre, échelon bronze. Plus récemment, elle s’est vu attribuer la médaille commémorative de la région Normandie par son Président Hervé Morin, à l’occasion du 75ème anniversaire de la libération en 2019.

Il a fallu plusieurs années pour effacer les plaies les plus vives de cet événement.

Le 1er septembre 1944, sur l’heure du midi, les chars polonais entraient dans notre bourg pour le libérer définitivement de l’ennemi. La population en liesse comprenait que la guerre prenait fin. Tous se retrouvaient dans la rue afin de manifester leur reconnaissance aux soldats, y compris les membres du réseau de la Résistance locale, animée par Maurice Venambre.

Les plaies pansées, il fallait penser à l’avenir.

Les élus de la commune ont travaillé d’arrache-pied pour penser la reconstruction du centre de la commune. Imaginez un instant toutes ces familles qui se sont retrouvées sans toit en quelques secondes. Il a fallu dans l’urgence les reloger puis, à la hâte, construire des logements provisoires et des locaux pour les commerces détruits. Il fallait aussi reconstruire une église et une mairie. Dès l’année 1957, les dossiers sont prêts. Le projet d’Othello Zavaroni est choisi, non sans polémique. Jeune architecte de 37 ans, Prix de Rome, imprégné du courant Le Corbusier, il mènera des projets importants (La banque Nationale de Bagdad, le pavillon Belge de l’exposition universelle de 1958, la chambre de commerce et d’industrie du Havre, de nombreux projets de logements, et puis cette église, LA NÔTRE, son œuvre majeure, pour laquelle il s’investira de façon inimaginable travaillant le verre, le béton, la ferronnerie avec les ouvriers du chantier et les élèves de l’école nationale des beaux-arts de Paris, dans laquelle il officiait comme Professeur. Il était secondé par deux architectes locaux : MM. Fontaine et Roméjon ….que l’on a tendance à oublier et qu’il convient aussi d’évoquer.

Enfin, en 1959 les subventions (Dommages de guerre) sont débloquées la première pierre de l’église est posée le 20 Septembre. Il faudra 4 ans pour la terminer ainsi que l’ilot administratif qui seront inaugurés le 3 mai 1963. Elle n’aura rien coûté à la commune. Une fois terminée, on y a d’ailleurs replacé les statues, le mobilier, l’autel qui se trouve dans la chapelle du St Sacrement.. provenant de l’abbaye détruite à la Révolution, témoins du passé prestigieux de Foucarmont. Le « grand » programme de reconstruction concerne aussi les logements et la voirie, les réseaux.

Cette église St Martin, symbole de la fraternité, du respect et de l’amour d’autrui, cette église lieu de joies mais aussi de peine, de chagrin, si décriée par certains de par son aspect extérieur, reste le symbole de la grandeur de l’humanité. Par la puissance de son architecture, voulue par l’architecte lui-même, elle symbolise la force de résistance des hommes face à la cruauté et à la barbarie dont certains peuvent faire preuve. C’est ainsi qu’il faut la considérer : ne pas la juger uniquement sur son aspect extérieur mais considérer sa beauté intérieure et sa si forte symbolique.

Ce 78ème anniversaire, jour pour jour, nous permet de rendre hommage à toutes les victimes civiles foucarmontaises, bien sûr, mais à toutes les victimes de ce terrible conflit. Sans oublier, bien sûr, les victimes militaires.

N’oublions pas de rendre hommage aux élus de l’époque et tout particulièrement aux Maires : Louis Costentin, remplacé par Jean Desjonquères puis Joseph Guérard, Edouard Asselin et René Beuvin, qui resta en place de nombreuses années. Tous, surent faire face à une situation désastreuse dans l’urgence et mener d’une main de maître le renouveau de Foucarmont et son expansion.

Et puis j’ai une pensée particulière pour ce jeune garçon, enfant de chœur, aux côtés de l’abbé Robillard, qui apparait sur la photo de la cérémonie au cimetière communal, que l’on m’a dit être mon oncle, Claude Binet, il avait alors 12 ans. J’ai une pensée également pour mon grand-père maternel, Victor Binet, Garde champêtre de Foucarmont décédé à peine trois mois avant que le bombardement ne se produise. Ancien fonctionnaire des douanes il avait, à l’image des gendarmes ou des militaires, choisi d’exercer cette fonction vers la fin de sa carrière. Et puis je pense à mon père, qui a donné presque deux ans de sa jeunesse à travailler sur le chantier de V1 de Preuseville, avec son ami André Lambard, dans le cadre du STO (Service du Travail Obligatoire) et qui a dû, de plus, partir faire son service militaire en Allemagne dès la fin de la guerre. Une pensée pour eux et pour tous ces jeunes qui n’avaient pas d’autre choix que d’obéir à l’ennemi.

Merci M. le Président d’avoir pu mettre en place cette exposition.

Merci d’avoir pu mettre en valeur ce pan de l’histoire du patrimoine historique de notre territoire par la réalisation du parcours historique sur les V1 et de vouloir le faire vivre et le développer, aidé en cela par les Élus. Merci à toutes personnes qui ont contribué par leur témoignage, transmission de photos de cartes postales, de tous documents, à mettre en place une exposition aussi riche. Comment ne pas remercier Olivier, maître d’œuvre de cette réalisation et à toutes les personnes qui l’ont aidé (associations, Office du Tourisme et Stessy particulièrement). Merci pour votre travail passionné. Merci Monique, Mme la maire Honoraire, quel bonheur de vous avoir parmi nous !   

Merci à vous tous d’avoir honoré de votre présence cette cérémonie : cette présence est le témoin des liens forts qui nous unissent autour de notre histoire, autour de Foucarmont ce qui, très sincèrement, me touche beaucoup, NOUS touche beaucoup associant mes Adjoints et Conseillers Municipaux. »

Une vidéo de promotion du parcours historique des V1 présentée aux personnes présentes

A cette occasion, une vidéo de promotion du parcours historique des V1
d’une dizaine de minutes était présentée aux personnes présentes.

Présentation d’une vidéo de promotion du parcours historique V1 développé sur le territoire de la CCIABB @foucarmont.com

De nombreuses visites durant toute la durée de l’exposition

Durant ces quatre semaines d’exposition, les visiteurs furent nombreux : des personnes dont la famille a été touchée par ce drame et qui en ont maintes fois entendu le récit, des personnes intéressées par le passé de leur commune, de leur village voisin, et qui sont venues découvrir plus précisément l’histoire de notre commune, les enfants de l’école élémentaire…

Le livre d’or laissé à disposition des visiteurs a recueilli de nombreux messages, souvent teintés d’une charge émotive, amplifiée par les événements que nous connaissons aujourd’hui. « Les leçons du passé n’ont donc pas servi ? » a écrit l’un deux. Effectivement, soixante dix-huit ans après, la guerre est à nouveau à nos portes : destructions, exode, cruauté, sang et larmes. La paix demeure toujours aussi fragile d’où l’importance du devoir de mémoire et de la nécessaire transmission aux jeunes générations qui nous conduit, une fois encore, à remercier tous les acteurs de cette très belle commémoration.

Visite des scolaires de Foucarmont CE1 au CM2 @foucarmont.com