André Lambard nous a quittés

André Lambard allait avoir 100 ans dans quelques semaines

André Lambard nous a quittés le 16 Septembre dernier. Nous vous livrons ici l’hommage que lui a rendu Dominique Vallée, Maire de Foucarmont, lors de la cérémonie qui s’est déroulée en l’église Saint Martin, le mercredi 22 Septembre.

Un homme aux grandes qualités, pilier de la vie communale et paroissiale

André allait avoir 100 ans. Longue vie d’un homme tourné vers ses semblables. Humain, attentif, dévoué mais profondément marqué par les épreuves qu’il devra traverser. André, apprécié de tous, mena une vie sociale riche tant familiale, professionnelle que publique.

Marié à Jacqueline, le 23 juin 1953 à Feuquières dans l’Oise, le couple choisira de vivre à Foucarmont dès 1954, et y restera toute leur vie durant. Ils furent d’ailleurs les premiers à s’installer dans leur maison, après la reconstruction en 1963, de cette partie haute de la rue Douce.

Marie-Claire et Alain consacrèrent leur bonheur, puis ils devinrent grands-parents avec l’arrivée d’Astrid et arrières grands-parents avec les naissances de Jordane, Estéban et Lily.

Ayant une très bonne connaissance du milieu agricole, il devint commercial pour une entreprise locale de matériel agricole : les Ets Lefèbvre. Il posséda le permis de conduire dès l’âge de 18 ans, ce qui était assez rare à l’époque. Il était, dans un premier temps, responsable de 2 départements : la Seine-Maritime et la Somme, territoire étendu, il passait beaucoup de temps sur la route.

Jacqueline, pour sa part tenait un commerce de mercerie et laines, « Au fil d’argent » et cela pendant une dizaine d’année.

Avec son épouse, André était l’un des piliers de la vie paroissiale : jusqu’au début des années 2010, il fut le fidèle gardien de cette église dont il avait suivi la construction, SON église. Présents aux offices et autres cérémonies, il s’occupait de la sono, de la sonnerie des cloches alors que Jacqueline s’affairait à préparer, à la sacristie tout ce dont le prêtre avait besoin pour célébrer. De plus ils participaient tous deux à l’organisation de voyages paroissiaux, très appréciés, tant ils savaient créer une ambiance chaleureuse.

Et puis André, exercera la fonction d’Adjoint au Maire pendant 12 ans : cheville ouvrière des foires, il s’impliquera sans compter son temps ni son énergie dans l’organisation des festivités de la commune, à rendre des services divers.

Mais cet homme fut marqué à jamais par les épreuves que la vie lui a imposées.

André habitait avec ses parents dans une ferme à St Rémy-Dancourt. Le pays était en guerre.

En raison des réquisitions pour le Service du Travail Obligatoire imposé par l’ennemi, sachant qu’il devrait partir pour l’Allemagne, quitter sa famille et la revoir très peu souvent, fort de son permis de conduire, il décida d’opter pour un emploi de chauffeur au chantier allemand de la base de V1 à Preuseville, afin d’échapper à la perspective d’un long séjour chez l’ennemi.

Il fut embauché et, de par sa fonction, il était plutôt privilégié, parlait avec les Officiers allemands, les responsables du chantier. Il conduisait également des camions pour transporter les matériaux. Suprême faveur, il lui arrivait même de redescendre chez lui, à St Rémy, avec un véhicule.

Mais ses relations avec les Officiers auraient pu le conduire à la mort, n’hésitant pas, lors de certaines conversations, à répondre fermement en bravant l’autorité de l’ennemi. Clandestinement, il procurait de précieux litres d’essence du chantier au médecin de Foucarmont afin qu’il puisse rendre visite à ses malades.

Crédit photo © Almanach de la Bresle et du Vimeu – 1946

Du courage, il n’en manquait pas. Il lui en a fallu, lorsque la cruauté de la guerre touchera sa famille de plein fouet : un V1 lancé par les Allemands, finira accidentellement sa course sur la ferme familiale ôtant la vie à sa sœur Rose-Claire et à son fiancé Louis Delforge. Terrible drame : Tu vois Dominique m’a-t-il souvent répété lors de nos conversations, « La guerre tue les hommes, l’amour et les rêves ».

Ce drame orientera probablement le sens qu’il donnera par la suite à sa vie.

Il vivra également la séparation de sa fille Marie-Claire en 2007, enlevée aux siens par la maladie, et puis de sa chère épouse en 2015.

Nous sommes nombreux à l’avoir entendu célébrer l’amour intangible qu’il portait à sa maman et à toutes les mamans de la terre, « celles qui souffrent chaque jour, déclamait-il, soit pour nourrir leur enfant, soit par le courage qu’elles doivent déployer pour leur apporter une bonne éducation. »

Il avait alors 95 ans et avait conservé une mémoire exceptionnelle, une élocution parfaite et toutes ses qualités intellectuelles au grand étonnement et à l’admiration de tous.

André, le moment de la séparation est arrivé : je sais l’amitié que vous portiez à la famille Vallée, ami de mon père et ayant vécu ensemble les heures sombres que je viens d’évoquer. Je sais quelle estime et quelle amitié vous me portiez, réciproques.

Alain, Astrid, à vous les petits enfants, à toute la famille, à vous ses amis, à toutes les personnes qui l’appréciaient, le Conseil Municipal et moi-même vous présentons nos condoléances les plus sincères.

Au revoir André, vous avez marqué de votre empreinte la vie de Foucarmont, vous êtes un exemple que personne ne doit oublier et je vous en remercie.